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Les Trésors des arts traditionnels marocains 

Les Trésors des arts traditionnels marocains 

C ‘est l’histoire de Abdelkader El Ouryaghli, le dernier tisserand du brocart (mâalem ou chiffor) qui tisse des étoffes sur un métier à basses lisses à deux pédales à partir de fils de soie naturelle (hrir douda) ou en rayonne (soie artificielle ou sabra).

La 17ème session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO de décembre 2022, s’est tenue à Rabat. Elle a marqué un tournant important dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine artisanal menacé de disparition. Lors de cet événement historique, un accord de projet a été signé avec pour objectif la mise en place d’un système durable de transfert des compétences et de transmission des savoir-faire associés aux métiers de l’artisanat, en particulier ceux identifiés comme étant menacés de disparition par l’inventaire national réalisé par le ministère en collaboration avec l’UNESCO.

Cet accord novateur prévoit, d’une part, de valoriser les maîtres-artisans détenteurs de connaissances et compétences ancestrales uniques, qui se verront attribuer le titre prestigieux de Trésors Humains Vivants, afin de les encourager à partager leur savoir-faire. D’autre part, il vise à stimuler l’intérêt des jeunes générations pour apprendre, reconstruire et perpétuer cet héritage artisanal, en leur offrant des programmes de formation qualifiante.

L’objectif fondamental de ce partenariat est de remédier à la préoccupation croissante liée à la disparition progressive des savoir-faire artisanaux, souvent constatée lorsque les maîtres-artisans prennent leur retraite sans avoir transmis leurs connaissances aux générations futures. En instaurant un système de Trésors Humains Vivants, il est envisagé d’identifier ces détenteurs de savoirs uniques et de mettre en place les mécanismes nécessaires pour assurer la transmission de ces connaissances aux jeunes générations, afin de perpétuer nos traditions séculaires.

« Il est essentiel que tous les métiers anciens bénéficient d’un soutien solide de la part de l’UNESCO et du Maroc, afin de préserver un éventail de métiers et de les transmettre aux générations futures, à l’instar d’autres pays comme le Japon ou la France qui ont su préserver leurs savoir-faire artisanaux. »

Un exemple concret de cette démarche est le partage du savoir-faire du maître-artisan en brocart, Abdelkader El Ouryaghli, qui a pris tout son sens à l’issue de la signature d’une convention de partenariat entre l’UNESCO et Maâllem El Ouryaghli. Cette convention s’inscrit dans le cadre de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, ratifiée par le Maroc le 14 novembre 2006. Elle s’insère également dans l’accord conclu avec l’UNESCO à Paris le 17 octobre 2017, visant à élaborer et mettre en place un Système National de Trésors Humains Vivants.

Abdelkader Ouazzani, maître du brocart au Maroc et dernier témoin d’une époque révolue, perpétue les gestes transmis depuis 63 ans dans son atelier à Fès. Ce savoir-faire de tissage, une tradition disparue ailleurs en Afrique du Nord, incarne l’importance de préserver et transmettre ces compétences artisanales uniques pour les générations futures.

Le métier de « tisserand », un art ancestral et précieux, est en voie de disparition. C’est avec une profonde nostalgie que ce tisserand âgé de 79 ans, dernier représentant actif d’une époque révolue, constate la disparition progressive de ses pairs à Fès. Il se souvient avec émotion de l’époque où de nombreux artisans exerçaient ce métier, mais aujourd’hui, il ne reste que des souvenirs de cette tradition séculaire.

Sous les doigts habiles de cet artisan, naissent des étoffes de soie chatoyante, ornées de fils d’or ou d’argent, destinées aux parures nuptiales, aux créations des couturiers ou à l’ameublement haut de gamme. Chaque mètre de brocart qui sort de son métier à tisser est le fruit d’une journée de travail intense et méticuleux. Le tissage de ces étoffes précieuses requiert un engagement total du corps : les pieds appuient sur les pédales de bois, les épaules se penchent en avant, et les bras s’écartent à chaque passage de la navette. Pour le vieil homme, tout est question de calcul, chaque fil suivant un chemin précis dans la composition de l’œuvre finale.

Le savoir-faire de cet artisan, acquis dans sa jeunesse à une époque où les machines industrielles n’existaient pas, est empreint de mystère et de tradition. Il garde jalousement les « règles de l’art » transmises par les anciens, préservant ainsi un héritage culturel précieux. Son travail minutieux nécessite également l’aide d’un ouvrier spécialisé, chargé de manipuler les fils de chaîne pour former l’armure du motif à tisser. Ensemble, ils consacrent une journée entière à la fabrication d’un seul mètre de brocart, témoignant de la patience et du dévouement nécessaires à cet artisanat d’exception.

Malheureusement, cet artisanat est aujourd’hui menacé, avec cet atelier de Fès étant le dernier du pays à perpétuer cette tradition séculaire. Dans les années 50, il existait encore quelques ateliers, mais désormais, la concurrence de l’industrie textile mondiale a porté un coup fatal à cette pratique artisanale unique. Même si certaines boutiques vendent du brocart bon marché fabriqué en Asie, en se réclamant de l’artisanat local, le véritable savoir-faire des tisserands de Fès est en voie de disparition.

Abdelkader Ouazzani continue cependant à travailler sur commande pour une clientèle d’exception, composée de l’élite. Ses étoffes rares, aux motifs complexes et raffinés, peuvent atteindre des prix exorbitants, témoignant de la qualité et de la rareté de son art. Dans un petit placard de bois, il cache ses trésors, dévoilant pour les visiteurs un catalogue de seize mètres de long, alignant des motifs inspirés de la tradition hispano-mauresque, de l’art oriental ou du design européen.

La convention visant à organiser un atelier de formation au métier du Brocard, tel que décrit par Abderrahim Belkhayat, directeur régional de l’artisanat, revêt une importance capitale dans la préservation et la transmission de ce savoir-faire ancestral. L’objectif de cet atelier, qui s’est tienu du 3 mai 2021 au 3 mars 2022, a été de permettre à huit jeunes passionnés, filles et garçons, d’acquérir les compétences et les techniques inhérentes à ce métier en voie de disparition. Cette démarche témoigne d’une volonté affirmée de soutenir la transmission des savoirs et des pratiques artisanales, garantissant ainsi la pérennité de ce patrimoine culturel.

Dans cette optique, El Ouryaghli joue un rôle crucial en analysant la situation actuelle du métier du Brocard afin de concevoir un programme de formation complet. Ce programme vise à fournir aux stagiaires non seulement les connaissances et les compétences techniques nécessaires à la pratique du métier, mais également à assurer le transfert de savoir-faire et d’expérience aux générations futures.

En effet, la transmission des métiers artisanaux revêt une importance capitale dans la préservation de notre héritage culturel et dans le soutien à l’économie locale. En formant de nouveaux artisans et en leur transmettant les secrets et les techniques du Brocard, le Maroc contribue à perpétuer une tradition séculaire et à garantir la pérennité de cet art unique.

Ainsi, malgré les défis posés par la modernité et la mondialisation, ce tisserand âgé continue avec passion et détermination un art ancestral et précieux, offrant au monde des créations uniques et raffinées. Son histoire et son art nous rappellent l’importance de préserver et de valoriser les traditions artisanales qui ont façonné le patrimoine culturel et artistique mondial.

L’organisation de cet atelier de formation au métier du Brocard représente une initiative louable et essentielle pour la sauvegarde du patrimoine artisanal.


Au Japon, le titre de « trésor national vivant » est attribué à des individus qui détiennent un savoir-faire remarquable, que ce soit dans les arts de la scène ou dans l’artisanat. Ce titre est un symbole d’excellence, de singularité et de préservation des techniques ancestrales qui ne sont pas destinées à disparaître, compte tenu de leur pertinence dans le domaine des métiers d’art contemporains.

Cette reconnaissance est le fruit d’une histoire de patience, d’observation, de transmission, d’engagement et de préservation d’un patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération. Officiellement institué par une loi en 1950, le titre de « Trésor national vivant », décerné par le ministère de l’Éducation japonais, demeure plus que jamais pertinent et d’actualité.

En France, les 281 métiers d’art sont définis par la loi et officiellement répertoriés dans un arrêté. Leur vocation est la création ou la restauration du patrimoine. Ces métiers manuels exigent des années de pratique avant d’atteindre une maîtrise parfaite des gestes.

Les métiers d’art ne se limitent pas à un secteur spécifique, mais se retrouvent dans divers domaines économiques tels que le luxe et la mode, l’architecture et la décoration d’intérieur, le patrimoine et le spectacle vivant. Les professionnels des métiers d’art travaillent avec des matières premières nobles et durables, ou encore des matériaux issus de l’innovation technologique récente, tels que la terre, la pierre, le métal, le bois, les matières textiles animales et végétales.

L’identité nationale française s’est construite autour de l’artisanat d’excellence du luxe et du patrimoine. Il y a vingt ans, l’État français a établi une liste officielle de ces métiers et les a définis par la loi. Les journées européennes des métiers d’art (JEMA), qui attirent 2 millions de visiteurs chaque année, célèbrent chaque printemps les professionnels des métiers d’art et du patrimoine vivant en collaboration avec un partenaire européen. De même, lors des journées européennes du patrimoine (JEP), qui accueillent 8 millions de visiteurs annuellement, les métiers d’art sont mis à l’honneur dans les monuments historiques et les musées.

Le tourisme axé sur les savoir-faire en entreprise est en plein essor et suscite un intérêt croissant du grand public, notamment pendant la période estivale, attirant 15 millions de visiteurs chaque année. Cette reconnaissance et célébration des métiers d’art contribuent à préserver et promouvoir un patrimoine culturel riche et diversifié, ancré dans l’histoire et l’artisanat d’excellence.

Gérard Flamme

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