Par Gérard Flamme
Hugues Tepelo n’est pas devenu créateur. Il l’est depuis qu’il a 3 ans Dans sa chambre en Côte d’Ivoire, il ne jouait pas. Il dessinait déjà des robes. Des centaines de robes. Des croquis frénétiques au crayon sur des cahiers d’écolier, des silhouettes de femmes qui tournent, qui brillent. Des croquis qui existent encore aujourd’hui, gardés comme des reliques, comme la preuve que certains destins sont cousus à l’avance.
C’est sûrement l’histoire la plus heureuse de la mode africaine en ce moment. Celle d’un talent resté discret pendant 20 ans et qui explose enfin à la face du monde depuis Marrakech.

L’homme ne jpuait pas à la poupée, il l’habillait. Pendant toute son enfance et son adolescence, il habille les Miss. Pas les Miss télé. Les vraies. Les Miss de quartier, les Miss communautaires, les Miss régionales. Des jeunes filles qui n’ont pas d’argent mais qui ont un rêve de scène. Il leur offre des tenues traditionnelles 100% sur-mesure, des pagnes Baoulé qu’il réinvente en bustiers modernes, des corsets qu’il perle à la main pendant des nuits entières à la lumière d’une petite lampe. Personne ne le paie comme un grand couturier, mais toutes les petites reines du pays passent par ses mains.
Après ses études, il passe par le showbiz ivoirien. Il y apprend la vraie vie : la lumière qui écrase un tissu, le trac des coulisses, la robe qui doit tenir même quand on danse. Puis deux ans de formation mode au pays. Le reste, il l’apprend seul. Autodidacte total.
En 2023, iinstallation à Marrakech. Arrivé au Maroc comme cuisinier pour survivre, il ne lâche jamais son rêve. Il coud la nuit. Il dessine le jour. Depuis plus de trois ans maintenant, depuis son atelier marocain, il continue de coudre l’Afrique.


En 2025, il participe à un concours de mode culturelle à Rabat. Il présente cinq créations originales avec un message qui le définit : paix, unité et dialogue entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Il remporte le premier prix.
2026 est l’année de l’explosion. Les créations qui aspirent à faire le tour du monde. Parce que Hugues Tepelo ne fait pas une robe de soirée. Il fait une tenue d’héritage. Chaque création est un manifeste. Et c’est là que son génie éclate.
La robe Émeraude Illusion et la cape brodée – Miss Grand International 2026 – Bangkok
C’est la robe qui a tout changé. Créée pour Marlène-Kany Kouassi, Miss Grand Côte d’Ivoire 2026, qui va offrir à la Côte d’Ivoire un Top 10 historique, le titre de 5th Runner-Up et le prix Best in Swimsuit à Bangkok.
La robe est une illusion d’optique et de couture. Un corset couleur émeraude profonde, entièrement brodé de perles, de cristaux et de fils d’or, qui épouse le corps comme une seconde peau. Le bustier est architectural, inspiré des armures des reines africaines. Le bas, en tulle illusion couleur chair, est incrusté de milliers de pierres qui donnent l’impression que la peau elle-même brille.
Et puis, il y a la cape. Une cape royale, détachable, brodée à la main pendant plus de 200 heures. Dessus, Tepelo a brodé des symboles Baoulé, des adinkras ghanéens, et des motifs de zellige marocain. Une cape qui raconte le pont entre Abidjan et Marrakech. Quand Marlène a tourné sur la scène de Bangkok, la cape s’est ouverte comme une aile. Toute la salle a compris.
La robe Octobre Rose – Miss World Côte d’Ivoire 2026
Pour Fatima Koné, Miss World Côte d’Ivoire 2026, Tepelo ne fait pas une robe rose. Il fait une robe combat. Une robe bustier rose fuchsia intense, en satin duchesse, avec un corset qui reprend la forme d’un ruban de sensibilisation au cancer du sein, subtilement structuré. Le bas est une jupe sirène immense, mais fendue, qui permet de marcher, de bouger, de se battre. Toute la robe est perlée de petites perles roses pâles, comme des larmes de joie. C’est une robe qui dit : je suis femme, je suis forte, je suis là pour celles qui se battent. Elle a ému tout Abidjan.
L’Héritière Dozo
C’est sa pièce la plus mystique. Loin des paillettes Miss, c’est une tenue d’héritage pur. Inspirée des chasseurs traditionnels Dozo, gardiens de la forêt et de la tradition. Tepelo prend le costume Dozo – habituellement en coton brut, avec des amulettes – et le transforme en haute couture féminine. Une veste courte, structurée, en coton tissé main teint à l’indigo, couverte de centaines de petites amulettes en laiton doré, de miroirs et de perles de bois. En dessous, un pantalon large ou une jupe en pagne brut. La femme qui la porte n’est pas déguisée. Elle est investie d’une puissance ancestrale. C’est une tenue qu’on ne porte pas, qu’on incarne.
Le Costume Baoulé Royal Or et Indigo
Ici, il touche au sacré. Le pagne Baoulé tissé, le Kita, est une institution en Côte d’Ivoire. Il le prend et le hisse au niveau de la haute couture royale. Une création en deux pièces : un corset baleiné or, entièrement tissé avec du fil d’or véritable et du pagne indigo nuit, avec des motifs de poissons et de léopards, symboles de royauté Baoulé. La jupe est une immense jupe à traîne de 3 mètres, en Kita indigo et or, qui s’ouvre en corolle. C’est une tenue pour une reine qui reçoit aujourd’hui. Moderne, mais avec 500 ans d’histoire tissée dedans. Chaque fil est noué à la main.
La Robe FLAMME

Sa création la plus sensuelle. La robe FLAMME est une robe en dégradé de rouge, d’orange et d’or. Elle est entièrement perlée de perles Miyuki, si petites qu’on dirait des écailles. Le corset est en forme de flamme qui remonte sur le buste. Le dos est nu, lacé de fils d’or. Quand la lumière tape dessus, la robe semble littéralement brûler sur la femme, sans jamais la consumer. C’est la robe de la femme qui n’a peur de rien.

Aujourd’hui, à travers sa marque TEPELO, basée à Marrakech, Hugues développe cet univers singulier où les influences marocaines – la coupe du caftan, la broderie de Fès, le travail du zellige – rencontrent les richesses subsahariennes – le pagne, la perle, la couleur frontale.
Arrivé cuisinier, devenu couturier des reines. Costumier officiel de Miss Grand Côte d’Ivoire, Miss World Côte d’Ivoire, collaborateur de Miss Cameroun 2025, premier prix de mode culturelle à Rabat.

L’ambition ? Faire rayonner son travail sur les plus grandes scènes internationales de la mode. De Paris à Dubaï. Et quand on voit ses robes, on sait qu’il n’est plus à 3 ans de son rêve. Il est dedans. La scène est prête.




























