Les « Nocturnes du Patrimoine » se sont affirmées comme un événement intéressant dans le paysage culturel marocain, et particulièrement à Casablanca. Cette initiative, dont la cinquième édition s’est déroulée ces derniers jours, transcende la simple visite guidée pour devenir un véritable laboratoire d’idées et de pratiques innovantes en matière de valorisation et de sauvegarde du patrimoine.
L’édition actuelle, soulignée par les interventions de Karim Rouissi, architecte et président de Casamémoire, et de Salim Benmlih, directeur général de Geodata, met en lumière l’évolution de la perception du patrimoine, l’importance d’une approche inclusive et la contribution cruciale des technologies numériques.
Karim Rouissi souligne avec justesse l’importance des Nocturnes du Patrimoine comme un outil de redécouverte des richesses architecturales casablancaises. L’événement offre une opportunité unique aux Casablancais de s’immerger dans l’histoire de leur ville, en explorant des lieux emblématiques comme les Habous, le centre-ville et l’ancienne médina. Le format choisi, combinant visites guidées animées par des bénévoles passionnés et lectures théâtrales dans des lieux chargés d’histoire comme la Mahkama des Habous, le jardin du cinéma Le Ritz et la Maison de l’Union, rend l’expérience à la fois éducative et divertissante, contribuant ainsi à une meilleure appropriation du patrimoine par le public.

Au-delà de l’événement en lui-même, M. Rouissi met l’accent sur l’évolution positive de la perception du patrimoine au Maroc. Il observe un renforcement de l’attachement des citoyens à leur patrimoine, perçu désormais comme un « repère essentiel permettant de mieux comprendre les mutations de notre environnement urbain ». Cette prise de conscience est cruciale pour garantir la pérennité du patrimoine, car elle transforme la simple conservation en une véritable appropriation collective. L’actualisation du cadre législatif par le ministère de la Culture, mentionnée par M. Rouissi, témoigne de la volonté institutionnelle de soutenir cet élan et de doter le pays des outils nécessaires pour une protection efficace du patrimoine.
La vision de M. Rouissi se distingue également par son approche inclusive et collaborative. Il souligne la diversité du patrimoine national et insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective pour sa préservation. Si Casamémoire concentre ses efforts sur le patrimoine contemporain de Casablanca, il reconnait que la richesse du patrimoine marocain dans son ensemble requiert une synergie entre les différents acteurs, qu’ils soient institutionnels, associatifs ou privés. Cette approche holistique est essentielle pour assurer la transmission du patrimoine aux générations futures, en le considérant comme un héritage commun à valoriser et à protéger.

De son côté, Salim Benmlih apporte une perspective complémentaire en mettant en avant le rôle croissant des technologies géospatiales dans la documentation et la promotion du patrimoine. Il souligne que la digitalisation et la numérisation du patrimoine sont devenues des leviers essentiels pour sa préservation. Cette approche, bien que récente, s’avère extrêmement prometteuse. La digitalisation permet une documentation précise et exhaustive des sites patrimoniaux, facilitant ainsi leur conservation et leur restauration.
De plus, comme le souligne M. Benmlih, la numérisation du patrimoine ouvre de nouvelles perspectives en matière de promotion et de valorisation. Elle permet de créer des expériences immersives qui attirent les jeunes générations, souvent plus réceptives aux outils numériques. L’utilisation de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée, par exemple, peut permettre de visiter virtuellement des sites patrimoniaux, de reconstituer des bâtiments disparus ou de superposer des informations historiques aux vues réelles. Ces technologies transforment la manière dont le patrimoine est perçu et vécu, le rendant plus accessible et plus engageant.

La perspective de grands événements internationaux, tels que Maroc 2030, renforce encore l’importance de l’utilisation des technologies numériques pour la promotion du patrimoine. La possibilité de découvrir virtuellement des sites patrimoniaux avant même d’arriver sur place constitue un atout majeur pour l’attractivité touristique du pays. Cela permet de susciter l’intérêt des visiteurs potentiels et de les inciter à découvrir les richesses culturelles du Maroc.
En conclusion, les Nocturnes du Patrimoine, dans leur cinquième édition, se positionnent comme un événement intéressant pour la valorisation et la préservation du patrimoine casablancais, et plus largement, du patrimoine marocain. Grâce à l’engagement de personnalités diverses, l’événement met en lumière l’évolution positive de la perception du patrimoine, l’importance d’une approche inclusive et collaborative, et le rôle crucial des technologies numériques. En rendant accessible l’héritage architectural casablancais et en intégrant les avancées technologiques dans les stratégies de sauvegarde et de valorisation, les Nocturnes du Patrimoine contribuent à assurer la transmission de ce précieux héritage aux générations futures. L’initiative illustre parfaitement la nécessité d’une approche multidisciplinaire et innovante pour relever les défis de la préservation du patrimoine au 21ème siècle.
Gérard Flamme