Figuig, oasis nichée dans l’extrême sud-est du Maroc, à l’aube du Sahara, se présente comme un joyau méconnu, un héritage d’une richesse culturelle et architecturale inestimable. Encadrée par l’Algérie, et malheureusement isolée par la fermeture de la frontière, cette ville est le témoignage vivant d’une civilisation saharienne unique, façonnée par des siècles d’adaptation ingénieuse à un environnement aride.
Cependant, cet écrin de verdure, autrefois prospère, est aujourd’hui confronté à des défis majeurs qui menacent son intégrité et son avenir. Cette vulnérabilité, accentuée par l’isolement et la dégradation de son patrimoine, rend impératif une reconnaissance et une protection internationales de Figuig, non seulement pour le Maroc, mais pour l’ensemble de l’humanité.

Figuig : Un Joyau oasien au croisement de l’histoire, de la culture et de la nature
Figuig, oasis verdoyante et riche en histoire, se dresse tel un joyau précieux au cœur du Maroc oriental. Sa renommée, tissée autour de sa luxuriante palmeraie et de la production de dattes exceptionnelles, notamment les variétés Aziza et Feguouss, ne constitue que la partie visible d’un héritage immémorial. L’étude de Figuig révèle un territoire façonné par des millénaires d’occupation humaine, par une adaptation ingénieuse à un environnement aride et par une culture vibrante et complexe, héritage des peuples berbères qui l’ont façonnée.
La stabilité de Figuig à travers les âges, particulièrement dans les zones de Lakhnag, Zenaga et Zouzfana, en fait un site d’une importance archéologique et historique capitale. Les inscriptions rupestres qui ornent les environs témoignent d’une présence humaine ancienne, bien antérieure à notre ère. Ces gravures, représentant la faune locale et intégrant des symboles énigmatiques et des écrits qui évoquent des croyances religieuses, offrent un aperçu précieux des modes de vie et des préoccupations spirituelles des premiers habitants de la région. Elles constituent un témoignage direct de la relation intime et durable entre l’homme et son environnement, une relation qui a façonné l’identité de Figuig au fil des siècles.

L’histoire de Figuig est inextricablement liée aux tribus berbères Zenata et Sanhaja, reconnues comme les pionniers de cette oasis. Leur installation stratégique près des sources et des cours d’eau a permis le développement d’une agriculture florissante. Ils ont érigé des palais et des terrasses ingénieuses, adaptées aux contraintes climatiques et topographiques, témoignant d’une connaissance approfondie des techniques agricoles et d’une maîtrise remarquable de l’aménagement du territoire. Outre leur engagement dans l’agriculture, les Zenata et Sanhaja ont contribué à la diffusion de la culture et à l’établissement d’un savoir local. L’organisation sociale, les traditions orales et les savoir-faire artisanaux qui se sont développés à cette époque ont jeté les bases de l’identité culturelle unique de Figuig.
Le patrimoine architectural de Figuig est riche et diversifié, reflétant les différentes époques et influences qui ont marqué son histoire. Parmi les monuments les plus emblématiques figure le silo en pierre, une structure imposante qui témoigne de l’ingéniosité architecturale locale. Sa hauteur de 19 mètres et sa construction complexe, passant d’une base carrée à une forme octogonale, en font un exemple remarquable d’architecture vernaculaire. Ce silo, autrefois utilisé pour le stockage des céréales et la protection des ressources, est aujourd’hui un symbole de l’histoire agricole et de la résilience de la communauté de Figuig. Il rappelle l’importance de l’agriculture dans la vie quotidienne des habitants et leur capacité à s’adapter aux défis environnementaux.
La vie culturelle de Figuig est particulièrement dynamique, rythmée par une série de festivals qui mettent en valeur la richesse et la diversité de son patrimoine. Le Festival des Cultures Oasis offre une plateforme pour l’expression artistique et culturelle des communautés locales et régionales, promouvant le dialogue interculturel et la valorisation des traditions ancestrales. Le Festival International de Théâtre témoigne de l’ouverture de Figuig sur le monde et de son engagement en faveur de la création artistique contemporaine. Le Festival Itran Netmourt, quant à lui, célèbre la musique et les chants traditionnels, en particulier ceux qui sont propres à la région. Enfin, le Festival Akboush met en avant les arts populaires et les jeux traditionnels, renforçant ainsi le lien social et la transmission des savoir-faire.

L’hospitalité de Figuig se traduit par la présence de six hôtels qui accueillent les visiteurs désireux de découvrir cette oasis et son patrimoine exceptionnel : Figuig Hotel, Mellias Hotel, Dar Oasis, Dar Nana, Dar Al Aman et Dar Ajdir. Ces établissements, souvent intégrés à l’architecture traditionnelle de la région, offrent un cadre confortable et authentique pour explorer les environs et s’immerger dans la culture locale.
L’artisanat occupe une place importante dans l’économie et l’identité culturelle de Figuig. Le complexe d’industries traditionnelles de la ville abrite des artisans talentueux qui perpétuent des savoir-faire ancestraux. Figuig est particulièrement réputée pour la fabrication du « Haïk », un voile traditionnel porté par les femmes, ainsi que pour ses tapis aux motifs complexes et colorés. Ces produits artisanaux, souvent réalisés à partir de matières premières locales, sont le reflet du talent créatif des artisans et de leur attachement aux traditions. Ils constituent également un important vecteur de développement économique et de valorisation du patrimoine culturel.

L’importance de Figuig réside dans la symbiose remarquable entre son patrimoine historique, architectural et archéologique. L’oasis est un exemple exceptionnel d’urbanisme vernaculaire, où les techniques de construction traditionnelles, utilisant des matériaux locaux tels que la brique de terre crue, le bois de palmier et la chaux, ont permis de créer un habitat parfaitement adapté aux rigueurs du climat saharien. Les sept ksour de Figuig, malgré leur dispersion géographique, forment un ensemble homogène qui témoigne d’une civilisation sédentaire urbaine, capable de préserver son identité culturelle à l’écart des influences extérieures. Ces ksour, avec leurs ruelles labyrinthiques et leurs habitations en terre, illustrent un savoir-faire architectural ancestral qui allie fonctionnalité et esthétique.
Au-delà de l’architecture, l’oasis de Figuig se distingue par son système ingénieux de jardins étagés et irrigués, véritable chef-d’œuvre d’adaptation humaine. La palmeraie, irriguée par un réseau complexe de canaux, est un microcosme de biodiversité et un témoignage de l’ingéniosité des populations locales dans la gestion des ressources en eau limitées. Cette agriculture oasienne, pratiquée depuis des siècles, a permis de cultiver une variété de cultures, notamment les dattes de renommée mondiale, comme les prestigieuses « Aziza » et « Feguouss », qui symbolisent la fertilité et la prospérité de l’oasis. Ce système complexe d’irrigation et de gestion des terres représente un véritable « thésaurus » de connaissances et de pratiques, qui pourraient servir d’inspiration pour un développement durable des systèmes oasiens à travers le monde.

Pourtant, ce « paradis caché » est aujourd’hui menacé de toutes parts. L’exode rural, causé par la diminution des ressources économiques et l’isolement de la ville, a entraîné un abandon progressif de la palmeraie et une dégradation du patrimoine architectural. L’attrait du style urbain moderne, avec ses constructions en béton impersonnelles, menace de dénaturer le paysage urbain traditionnel et de faire disparaître les techniques de construction ancestrales. Les ksour, autrefois florissants, se dégradent faute d’entretien et de rénovation, tandis que la palmeraie, faute de main-d’œuvre, est en partie abandonnée, compromettant ainsi la durabilité de l’écosystème oasien. Cette transformation, si elle n’est pas maîtrisée, risque de faire disparaître à jamais l’identité unique de Figuig et son patrimoine exceptionnel.
Face à ces défis, il est impératif d’agir avec urgence pour préserver le patrimoine de Figuig. Une reconnaissance internationale, par le biais d’un classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, serait une première étape cruciale pour sensibiliser l’opinion publique et mobiliser les ressources nécessaires à la sauvegarde de l’oasis. Cette reconnaissance permettrait de mettre en lumière la valeur universelle de Figuig en tant qu’exemple exceptionnel d’établissement humain adapté à un environnement difficile, et de souligner son importance en tant que témoignage de la culture des populations berbères sahariennes.
Au-delà de la reconnaissance internationale, il est essentiel de mettre en œuvre des politiques publiques et des programmes de développement durable qui prennent en compte les spécificités de l’oasis et les besoins de ses habitants. Il est nécessaire de revitaliser l’économie locale en promouvant le tourisme durable, en soutenant l’artisanat traditionnel et en valorisant les produits agricoles de la palmeraie. Il est également crucial de restaurer et de réhabiliter le patrimoine architectural, en encourageant l’utilisation des techniques de construction traditionnelles et en sensibilisant les populations locales à l’importance de leur héritage culturel.
De plus, il est impératif de repenser les approches de développement agricole en s’inspirant des pratiques traditionnelles de l’oasis. Au lieu de recourir à des modèles de modernisation agricole qui ont montré leurs limites sociales et environnementales dans d’autres palmeraies du Maghreb, il est essentiel de promouvoir une agriculture oasienne durable, qui préserve la biodiversité, optimise l’utilisation des ressources en eau et valorise le savoir-faire local. L’étude et la transmission des techniques traditionnelles d’irrigation et de gestion des terres sont essentielles pour assurer la pérennité de la palmeraie et pour faire de Figuig un laboratoire d’innovation en matière de développement durable.

Figuig est une oasis importante témoin de l’histoire. C’est sans aucun doute un microcosme de la civilisation saharienne, un témoignage de l’ingéniosité humaine face aux défis de l’environnement, et un réservoir de connaissances et de pratiques traditionnelles qui peuvent inspirer un développement durable. La préservation de ce « paradis caché » est un enjeu crucial, non seulement pour le Maroc, mais pour l’ensemble de l’humanité. Il est temps d’agir avec urgence pour protéger ce patrimoine exceptionnel et pour faire de Figuig un modèle de développement durable, où la tradition et la modernité s’harmonisent pour assurer un avenir prospère et durable à ses habitants. La reconnaissance internationale est la première étape, mais la collaboration entre les acteurs locaux, nationaux et internationaux est essentielle pour garantir la pérennité de ce joyau du Sahara. Figuig, un appel à la sauvegarde d’un héritage unique et fragile.
Figuig est d’abord un oasis de palmiers et de dattes. C’est un territoire riche en histoire, en culture et en patrimoine, façonné par des millénaires d’occupation humaine et par une adaptation ingénieuse à un environnement aride. Son héritage architectural, ses traditions culturelles, son artisanat et ses festivals témoignent de la résilience et de la vitalité de sa communauté. Figuig est un lieu unique, où l’histoire, la culture et la nature se rencontrent et se conjuguent pour offrir une expérience inoubliable à ceux qui prennent le temps de la découvrir. Sa préservation et sa valorisation sont essentielles pour assurer la pérennité de ce joyau oasien et pour transmettre aux générations futures un patrimoine d’une valeur inestimable.
Gérard Flamme